Un chercheur inspiré mais peu suivi

Anaglyphes, projections couleur, Polyfolium

   Bien que la méditerranée le sépare du continent, nous avons vu comment les milieux scientifiques parisiens avaient rendu hommage à notre inventeur. Il a même occupé, un temps, le devant de la scène médiatique... mais n'a pas su frapper aux bonnes portes pour en profiter industriellement.

   Nous n'avons pas trop de détails sur les dernières années passées en Algérie, car notre source d'informations (les courriers d'Alcide à Tholin) va se tarir. Nous ne savons pourquoi.

Aussi, nous allons en profiter pour faire le point sur les autres sujets de préoccupation de Louis Ducos, à peu près à cette époque. Et pour commencer : la photo en relief !

Septembre 1891, un nouveau brevet :                          la 3D par les anaglyples

Les Agenais reconnaîtront leur Musée. Mais l'image est un anaglyphe, méthode Ducos du Hauron, qui superpose, en fait, deux photos : l'une en rouge pour l’œil gauche, l'autre en cyan pour l’œil droit. Observez votre écran au moyen de lunettes aux verres colorés et vous verrez l'image en relief, mais en noir et blanc.

Il existe à la SFP des anaglyphes imprimés par Leroux à Alger. Mais celui-ci n'a rien à voir ; il accompagnait un article du journal L'illustration.
Il existe à la SFP des anaglyphes imprimés par Leroux à Alger. Mais celui-ci n'a rien à voir ; il accompagnait un article du journal L'illustration.

   Bien sûr, il s'inspire de la communication d'un certain Almeida à l'Académie des Sciences, mais il a la révélation « plein jour » d'une méthode pour reproduire le relief « sans l'aide du stéréoscope ». Le principe est simple, il est baptisé « anaglyphe ».

   Il s'agit de réaliser deux photos du même sujet avec un décalage latéral correspondant à l'espacement des deux yeux. L'image de gauche est imprimée avec une encre rouge, celle de droite avec un encre de couleur complémentaire (c'est à dire cyan). Cette impression en deux couleurs doit être observée avec des lunettes comportant les filtres correspondant à chaque œil . Le cerveau reconstitue le relief... en noir et blanc.

   Notre inventeur est très enthousiaste : « L'illusion des reliefs, la sensation du vide, les puissantes saillies des plans rapprochés... » Il est sûr que les magazines vont se ruer sur le phénomène, que les scientifiques vont s'en emparer... peut-être les astronomes. Et il a raison ! Mais tout ceci va mettre plus de trente ans à se concrétiser... lorsque Le Morvan photographiera le globe lunaire et que le journal « L'illustration » offrira à ses lecteurs les fameuses images en relief, ci-contre.

 

 

Années 90 : gros succès des projections en couleurs

   Dès 1862, Louis Ducos du Hauron avait compris et exposé les possibilités qu'offrirait la synthèse additive de la lumière... et donc la restitution des couleurs, soit au moyen d'un chromoscope, soit d'un triple projecteur.

   En 1889, le physicien Frederic Eugene Ives de Philadelphie réalise des projections polychromes très médiatisées. Le succès est total. Il oublie juste d'en attribuer la paternité à Ducos du Hauron. L'injustice est réparée en France, en 92, aux Arts et Métiers où Léon Vidal réalise une projection et rend hommage à Charles Cros et à Ducos du Hauron. Idem à l'Académie en 97 avec le professeur Wallon. L'honneur est sauf !

 

Ci-contre, un des nombreux projecteurs trichromes de cette époque.

 

LDH : un inventeur très inspiré

Reconnaissez-vous notre inventeur ? Voilà à quoi il s'amusait. Ceci grâce au pouvoir déformant des deux fentes (?).
Reconnaissez-vous notre inventeur ? Voilà à quoi il s'amusait. Ceci grâce au pouvoir déformant des deux fentes (?).

   Nous n'entrerons pas dans les détails mais il faut savoir que, si l’œuvre maîtresse de Louis Ducos porte sur la couleur, son esprit inventif a abordé les sujets les plus hétéroclites.

   Cela a commencé avec les cigarettes indéroulables et s'est terminé (en 1904) avec sa « canne œil de géant » qui était, en fait, une sorte de périscope pour voir au-dessus des foules. Mais il a produit aussi un « moteur-girouette ou moulin à vent horizontal » ; il s'est amusé à se caricaturer en déformant des autoportraits grâce « au pouvoir des deux fentes », ou a compresser les paysages pour les faire rentrer dans un format cinémascope... etc.

1895 : le polyfolium,                                              préfiguration du film couleur moderne

   Il nous faut, par contre, insister sur son brevet de septembre 1895, passé inaperçu (on ne sait trop pourquoi), et qui est, sans doute, la démarche la plus prémonitoire de sa vie de chercheur. C'est sur son principe que les Américains et les Allemands mettront au point le Kodakrome et l'Agfacolor en 1935.

   Quarante ans d'avance ! Et d'attente... pour cette superposition de couches sensibles transparentes et de filtres qui « est appelée à se substituer avant peu, dans la pratique, aux autres combinaisons optiques qui ont été présentées. » Tout est dit par notre inventeur qui pense pouvoir faire table rase de tous les appareils complexes et procédés qu'il nous a exposés. Il y croit tellement qu'il protège son invention par un brevet.

   Encore une fois : ça ne servira à rien ! Trop en avance sur son temps.

Il existe bien un polyfolium au Musée Français de la Photographie de Bièvre... mais de trois clichés sur celluloïd. Est-il de LDH ? ou est-ce une interprétation ultérieure ?


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Des anaglyphes au polyfolium
Grâce à son esprit inventif, LDH aborde les domaines les plus divers. Avec la photo 3D par anaglyphes ou son système couleur polyfolium, il était largement en avance sur son temps.
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